Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

L'ascension de l'ENA

  • The End... ou pas ?

    beginning_of_the_end.jpg

    Ben voilà, vous y êtes, ou presque. Votre paquetage a intérêt à être bichonné. N'oubliez ni piolet ni corde d'escalade : dans moins de 5 jours vous débuterez l'ascension de l'ENA. L'adrénaline coulera à flot dans vos veines exsangues, et très vite vous aurez l'impression de manquer d'oxygène - phénomène banal à de telles altitudes. Dans un tel cas de figure, ne paniquez pas : promenez plutôt un regard attentif sur la paroi qui vous amena à cette impasse, et vous y découvrirez très vite le chemin de son dépassement.

    Contre toute attente - y compris la mienne - je ne vous accompagnerai pas dans votre voyage vers le sommet. Les aléas d'une existence bien remplie m'ont emporté vers d'autres horizons. Pour autant, cette préparation m'a beaucoup plu, elle m'a permis de m'intéresser à énormément de domaines dans lesquels j'étais, à peu de choses près, inculte. Et puis, qui sait : le vent de la vie soufflant rarement toujours dans le même sens, il est possible que j'y revienne, pour aller jusqu'au bout cette fois !

    Bonne chance à chacun(e) des participant(e)s. J'espère en secret (ou presque) que la promotion 2011 de l'ENA se nommera "promotion Philippe Séguin", ce qui serait un honneur double : en honorant Philippe Séguin, ce grand serviteur de l'Etat, l'ENA honorerait sa propre aptitude à former sans les dompter de telles personnalités.

    Bon, allez, nous n'allons pas nous quitter sans un dernier tuyau, histoire de prouver au monde entier qui nous regarde que ce blog eut une VRAIE utilité malgré la défection impardonnable de son animateur ?

    herman-van-rompuy.jpgAlors pour tous ceux qui ont gardé l'option Union européenne pour l'oral, et pour tous les autres qui veulent parfaire leur connaissance du sujet, notez que Notre Europe, le Centre d'études européennes de Sciences-Po Paris, organise le 20 septembre 2010 de 16h à 18h un débat exceptionnel avec Herman Van Rompuy, Président du Conseil Européen, sur le thème "Les grands défis de l'Union européenne".

    Ce débat aura lieu à Sciences Po, 27 rue Saint Guillaume, Amphi Boutmy, dans le 7ème. Les inscriptions (obligatoires) peuvent se faire sur le site de Notre Europe.

  • L'Allemagne, par Béatrice Angrand et Aurélie Marx (coll. "Idées Reçues")

    L'Allemagne.jpg

    Il est difficile, dans la cadre d'un concours qui octroie autant de place à la construction européenne et à son histoire (politique, économique, juridique), de se présenter aux épreuves en méconnaissant un pays qui y occupe une place aussi primordiale que l'Allemagne. Or ce n'est pas évident pour qui n'a jusqu'alors connu l'Allemagne qu'au travers des livres d'histoire ou des médias de se faire une idée à la fois synthétique et juste de ce qu'est cette nation, de ce que représentent ses ressources humaines, industrielles, culturelles, ou de la façon dont fonctionnent ses institutions.

    Pour ceux-là et pour tous les autres, Béatrice Angrand et Aurélie Marx ont écrit L'Allemagne, dans la collection "Idées Reçues", aux éditions Le Cavalier Bleu. Comme son nom l'indique, cette collection s'intéresse aux idées reçues, mais seulement pour mieux les combattre :

    "Issues de la tradition ou de l'air du temps, mêlant souvent vrai et faux, les idées reçues sont dans toutes les têtes. L'auteur les prend pour point de départ et apporte ici un éclairage distancié et approfondi sur ce que l'on sait ou croit savoir".

    En moins de 120 pages, dans le cadre d'un exposé mêlant la rigueur scientifique à la liberté de ton et de références, 16 idées reçues regroupées sous trois axes principaux (histoire, économie, culture) sont alors épluchées consciencieusement, chiffres et faits historiques à l'appui : 

    1) Histoire et politique, des Germains aux Européens :

    - "Les Allemands sont un peuple guerrier"
    - "L'Allemagne, c'est le nazisme"
    - "L'Allemagne est un pays fédéral"
    - "La relation franco-allemande est le moteur de l'Europe"

    2) Economie et vie de l'entreprise :

    - "Les Allemands aiment l'ordre"
    - "L'Allemagne est un modèle économique"
    - "Les Allemands ont renoncé au Deutsche Mark à regret"
    - "Les Allemands de l'Ouest en ont assez de payer pour les Allemands de l'Est"

    3) Culture et société :

    - "L'Allemagne n'est pas une destination touristique"
    - "Les Allemands ne sont pas raffinés"
    - "Les Allemands sont écolos"
    - "A la fin ce sont toujours les Allemands qui gagnent"
    - "Les Allemandes ne sont pas féminines"
    - "L'Allemagne est le pays des philosophes et des musiciens"
    - "L'allemand n'est pas une langue attractive"
    - "Les Allemands de l'Est sont nostalgiques de la RDA"

    S'il n'a pas vocation à combler l'ensemble des lacunes techniques que révèle la préparation du concours à propos de l'Allemagne, ce livre reste un excellent moyen d'en saisir des enjeux primordiaux - et par-là d'éviter ensuite des contresens fâcheux. Les deux auteures livrent par ailleurs en annexe une bibliographie étoffée et commentée susceptible de guider le lecteur émoustillé vers l'assouvissement plus consistant de sa faim germanophile.

    Béatrice Angrand, née en 1967, est secrétaire générale de l'Office franco-allemand pour la Jeunesse. Elle a dirigé l'Institut français de Rostock de 1993 à 1996. Elle fut aussi conseillère pour les relations franco-allemandes à la Présidence d'ARTE.

    Aurélie Marx, née en 1977, est chargée de mission auprès du Président d'ARTE. Ancienne élève de l'ENS de Lettres et Sciences humaines, elle en est sortie agrégée d'allemand. Elle est également diplômée d'un DESS de journalisme franco-allemand.

    Béatrice Angrand et Aurélie Marx, L'Allemagne, Paris, Le Cavalier Bleu (coll. "Idées Reçues"), sept. 2009, 124 p., +/- 9,50 €

  • La réforme des retraites : les principales mesures

     

    Eric Woerth.jpg

    Voici une synthèse des principales mesures annoncées ce 16 juin 2010 par Eric Woerth, ministre du Travail, telles qu'elles furent présentées par Le Figaro. Ces mesures ont pour vocation de rétablir l'équilibre financier du régime de retraite par répartition à l'horizon 2018.

    - L'âge légal de départ à la retraite est porté à 62 ans. Le rythme du passage à cet âge légal de départ se fera à un rythme jugé rapide : quatre mois par an à partir du 1er juillet 2011. En pratique, les personnes nées en 1950 seront les dernières à pouvoir partir à la retraite à 60 ans. Celles nées avant le 1er juillet 1951 devront travailler jusqu'à 60 ans et quatre mois, celles nées en 1952 jusqu'à 60 ans et huit mois, et ainsi de suite jusqu'à la génération née en 1956, pour laquelle l'âge légal de départ à la retraite sera fixé à 62 ans. Parallèlement, l'âge de départ à la retraite qui permet de toucher une pension à taux plein sera porté de 65 à 67 ans. Cette mesure devrait contribuer aux économies réalisées à hauteur de 50%.

    - La durée de cotisation passera à 41 ans et un trimestre en 2013, et à 41,5 ans en 2020.

    - Les hauts revenus et revenus du capital sont mis à contribution.  Les foyers fiscaux situés dans la tranche supérieure du barème de l'impôt sur le revenu se verront imposés à hauteur de 41% au lieu de 40%. 342.000 foyers fiscaux, soit 1% de la population déclarant plus de 69.783 euros par part, seront concernés par cette mesure. Les revenus du capital seront également touchés, sous la forme d'une augmentation d'un point des prélèvements sur les cessions mobilières et immobilières, et du prélèvement libératoire sur les dividendes et les intérêts. La contribution de l'employeur sur les stocks options passera de 10 à 14%, pour une économie de 70 millions d'euros, et celle du salarié de 2,5% à 8%. Les bénéficiaires de retraites chapeaux se verront par ailleurs appliquer une contribution sociale de 14%, ce qui devrait rapporter 110 millions d'euros. Au total, ces mesures permettront de générer 3,7 milliards de recettes.

    - La pénibilité est prise en compte. Les personnes dont l'état de santé a été dégradé du fait de leurs conditions de travail (subissant une incapacité égale ou supérieure à 20% et bénécifiant d'une rente pour maladie professionnelle) pourront en effet partir à 60 ans avec une retraite à taux plein, quel que soit leur nombre de trimestres. Ce sont 10.000 personnes par an qui devraient bénéficier de ce droit nouveau. Les personnes ayant commencé à travailler avant 18 ans pourront également partir à la retraite entre 58 et 60, à la condition de justifier de la durée légale de cotisation plus deux ans. Au total, plus de 60.000 personnes par an ne seront pas concernées par un départ à 62 ans.

    - Le régime de retraites des fonctionnaires se rapproche de celui du privé, pour des recettes estimées à 4,4 milliards. Les fonctionnaires ne seront pas épargnés par le report de l'âge légal de départ. Les catégories actives (policiers, militaires…), qui partent actuellement à 50 ou 55 ans, verront cette limite progressivement relevée de deux ans. En revanche, les salariés des régimes spéciaux ne seront concernés qu'à partir du 1er janvier 2017. Le taux de cotisation retraite sur les salaires des fonctionnaires, actuellement de 7,85%, sera par ailleurs également progressivement relevé, pour égaler à terme celui du privé, fixé à 10,55%.

    Pour en savoir plus, consulter le DOSSIER DE PRESSE du Ministère du Travail, ainsi que la SYNTHESE s'y rapportant.

  • Préparation du concours : les conseils d'Abraham Lincoln

    abraham lincoln.jpg

    En surfant lors d'une pause dans ma préparation, je suis tombé sur quelques citations d'Abraham Lincoln qui m'ont paru correspondre de manière assez stupéfiante à mes préoccupations du moment, à moins de trois mois du concours.

    Abraham Lincoln (1809–1865) était un petit avocat de province sans expérience. Il devint à la fois un homme politique et un chef militaire efficace au moment où les États-Unis traversaient la plus grande crise de leur histoire. Il fut le seizième président des États-Unis d'Amérique, élu pour deux mandats de quatre ans en 1860 et 1864 sans terminer ce dernier. Son nom reste associé à la guerre de Sécession et à l’abolition de l'esclavage. Il mourut assassiné à la suite d'un complot émanant de partisans confédérés au début de son second mandat.

    Voici quelques citations à méditer lors des douloureuses remises en question personnelles inhérentes à toute préparation de concours (et ne dites pas que je ne vous trouve pas les meilleurs coachs !) :

    - " Ne changez pas de cheval au milieu de la rivière."

    - " Les livres nous donnent l'occasion de découvrir que nos idées si originales ne l'étaient pas tant que ça."

    - " Gardez toujours à l'esprit que votre propre décision de réussir est plus importante que n'importe quoi d'autre."

    Et enfin, ma préférée :

    - " Que l'on me donne six heures pour couper un arbre, j'en passerai quatre à préparer ma hache."

    Allez savoir, j'ai peut être des ancêtres bûcherons... ou rémouleurs.

  • Le rapport de jury 2009 est disponible !

    schrameck.gif

    Le rapport de jury de la session 2009 du concours de l'ENA, rédigé par le président des trois concours Olivier Schrameck, est disponible. Voici ce que je peux vous en dire pour introduire votre propre lecture :

    - Le rapport comporte 25 pages, dont sept d'annexes.

    - Les deux annexes se composent tout d'abord du discours d'accueil de décembre 2009 de M. Olivier Schrameck, président des trois concours de l'ENA, à destination de la promotion Jean-Jacques Rousseau, puis de la notice individuelle facultative destinée aux membres du jury chargés de l'épreuve d'entretien.

    - Deux points m'ont paru particulièrement insistants dans ce rapport, le premier concernant les modalités d'organisation des concours, le second le déroulement et les enjeux de l'épreuve d'entretien.

    Voici enfin les extraits que j'ai retenu comme étant cruciaux dans le cadre d'une préparation avisée à la sus-dite épreuve :

    Sur l'épreuve d'entretien, p. 8 :

    "En réalité, il [...] appartient [aux jurys] précisément de mettre en rapport personnalité et motivations, et non de juger des personnalités. Il est des candidats doués qui peuvent ne pas apparaître comme tels pour affronter les épreuves, les aléas et les exigences d’une vie administrative. Il est certains traits de la personnalité qui sont positifs en toute occurrence. Il en est d’autres, plus particuliers, qui conduisent à affirmer une vocation pour certains métiers, et à faire valoir les qualités, de conviction et d’ouverture, de rigueur et de créativité, qui permettent de justifier et de faire fructifier un rôle de responsabilité dévolu au service public. Je me permets de renvoyer à cet égard aux considérations que j’ai énoncées à l’intention des lauréats du concours 2009, au lendemain de la proclamation des résultats (annexe I). Quelques traits de comportement sont apparus, à cet égard, rédhibitoires : l’absence de perception des enjeux sociaux de toute nature susceptibles d’influer sur l’avenir, des marques excessives d’égocentrisme significatives d’un manque d’empathie, la préférence pour la formule aux dépens de la réflexion, le refuge de l’érudition surtout lorsqu’elle apparaît superficielle ou convenue, l’affectation pouvant laisser percer de la dissimulation, l’erreur de fait assénée sans précaution pour en laisser accroire sans savoir, l’absence de réflexion critique sur soi-même et son environnement, la préférence maladroitement occultée pour des valeurs d’apparence et d’argent."

    Sur l'épreuve d'entretien, p. 9 :

    "Un troisième type de questionnement a trait à l’organisation interne de l’entretien. Il est apparu utile, après de nombreux échanges, de demander aux candidats de remplir au préalable une fiche. Cette méthode peut avoir un inconvénient : celle d’impliquer le plus souvent une aide extérieure, personnelle, ou institutionnelle, facteur potentiel d’inégalités. Mais elle évite de perdre du temps à recueillir des informations qui sont utiles, non en elles-mêmes, mais comme support d’une discussion. Autrement dit, elle dispense d’un préambule assez stérile, au cours duquel s’engagerait entre le jury et le candidat une partie de « colin-maillard » susceptible de laisser échapper des éléments essentiels pour ce dernier. A la recherche d’un équilibre, le choix a été fait de ne prévoir qu’un très petit nombre de rubriques en laissant une question ouverte qui permet mais n’oblige nullement le candidat à mentionner des indications qu’il estimerait utiles au contenu de l’entretien qu’il s’agit de préparer (annexe II).

    La seconde option, complémentaire de la première, consiste à demander au candidat de s’exprimer lui-même d’emblée durant une période qui ne comporte qu’une seule contrainte : ne pas dépasser 10 minutes sur les 45 minutes de l’entretien. Si là aussi une aide extérieure est prévisible, l’avantage, qui a paru décisif, est de personnaliser l’échange en évitant de lui donner un tour académique. Il peut aussi apparaître plus aisé à un candidat d’exprimer, de manière moins contraignante que sur une double page, avec ses mots, la façon dont il se voit et se projette à ce moment important de sa future existence professionnelle. De façon générale, les candidats ont usé de la liberté d’organisation du temps qui leur était laissée, faisant durer leur monologue entre 5 et 10 minutes."

    Sur l'épreuve d'entretien, p. 12 et suivantes :

    "L’épreuve est par ailleurs apparue receler des chausse-trappes que les candidats devraient pouvoir éviter. Le fait que cet entretien soit ordonné selon un modèle qui n’a connu que peu de variations ces dernières années n’apparaît pas suffisant pour prémunir ceux qui s’y présentent de défauts assez graves et répétés. Les cursus de préparation devraient être en mesure d’y remédier largement.

    En premier lieu, l’exposé introductif du candidat, essentiellement rétrospectif, reflète à cet égard une présentation trop grossièrement avantageuse et stéréotypée des activités exercées. Il y a certes une part naturelle, voire nécessaire, de mise en valeur. Mais celle-ci est souvent forcée, ce dont le jury ne peut que s’aviser s’agissant en particulier des cursus professionnels et de stages. Surtout, les candidats omettent de mettre l’accent sur l’essentiel, c’est-à-dire leurs motivations précises. Il leur faut faire comprendre pourquoi ils choisissent le service administratif de l’Etat, en particulier par rapport à des tâches antérieures que nombre d’entre eux ont pratiquées ; il a dû ainsi souvent leur être demandé pourquoi ils n’avaient pas envisagé une intégration dans la Fonction publique territoriale, voire dans la Fonction publique européenne, et pourquoi, le cas échéant, ils écartaient des tâches d’enseignement et de recherche déjà assurées, ou auxquelles leur cursus les avait plus particulièrement préparés. Bien entendu des questions leur ont été également posées quant à leur perception d’activités privées, à titre hypothétique, ou a fortiori à la lumière d’une expérience passée, s’agissant des candidats du troisième concours.

    Les jurys sont toujours à la recherche d’une authenticité, marque précisément de la personnalité. L’occultation par souci de se faire valoir, selon des méthodes artificielles et stéréotypées, aboutit au résultat inverse de celui qui est recherché.

    [...] De manière générale, il est frappant de constater à quel point les candidats peuvent ignorer les formes concrètes que prennent l’organisation et les missions de l’administration. Assurément, l’épreuve d’entretien n’est pas une épreuve de connaissances portant en particulier sur des notions de droit public qui ont déjà fait l’objet d’une évaluation à l’écrit. Mais pour autant des motivations ne peuvent s’attacher à un flou indistinct dont ne se dégageraient ni les institutions ni les procédures que les fonctionnaires sont invités à faire vivre et évoluer. Ne pas paraître s’intéresser aux grands problèmes de l’action administrative et de sa réforme ne peut, de ce point de vue, que paraître au jury fortement pénalisant.

    [...] De même qu’un candidat qui souhaite être recruté dans un secteur professionnel privé, et plus précisément dans une entreprise particulière, doit naturellement s’interroger sur ses caractéristiques et ses exigences propres, il incombe à un candidat qui souhaite entrer dans la Fonction publique, a fortiori qui en a vécu l’expérience avant de se présenter à un concours interne, de s’être interrogé sur les cursus qu’il ambitionne, sur les difficultés qu’il pourrait être appelé à rencontrer, sur les modes de conduite qu’il serait naturellement conduit à adopter dans le milieu de travail qui fait l’objet de ses options.

    [...] Une autre observation importante, centrée sur la personnalité des candidats, a trait à trois manques fréquents.

    En premier lieu, certains candidats laissent par trop percevoir qu’ils n’ont pas réfléchi aux grands problèmes qui déterminent l’avenir de notre société, qu’ils touchent par exemple à la bioéthique, à l’environnement, à la société de communication, au renforcement de la solidarité nationale, à l’élargissement des questionnements dans le cadre européen et international. Le futur fonctionnaire ne peut se priver d’être un citoyen éclairé, à la recherche de réponses collectives aux mutations sociales. Même si c’est avec une prudence, d’autant plus grande que leur expérience est récente, les candidats ne doivent pas hésiter à s’engager, dans leurs réponses, à ne pas en rester à une analyse scolaire et balancée. Peu importe le sens de la réponse, il est essentiel qu’il y en ait une, suffisamment argumentée. Tout particulièrement les candidats doivent se prémunir contre les tentations d’aller au devant de ce qu’ils peuvent penser pouvoir être des inclinations des membres du jury à la lumière de ce qu’ils ont cherché à apprendre de leurs expériences actuelles ou passées. Qu’ils soient persuadés que cette tendance est toujours perçue par les membres du jury, et fort peu appréciée d’eux dans la mesure où elle est susceptible de révéler un manque de caractère et d’authenticité. Un véritable éclairage est aussi une confrontation, et jamais un jeu de miroirs. Bien plus, un membre du jury sera naturellement enclin à se placer dans son questionnement, dans un jeu de rôles fort distant de ce qu’un observateur extérieur pourra attendre de lui. Le jury n’est jamais là pour orienter un choix, mais pour révéler son interlocuteur.

    [...] En deuxième lieu, le candidat est appelé à manifester qu’au-delà de la réflexion proprement dite, il fait preuve d’un intérêt personnel authentiquement ressenti pour les problèmes, les difficultés, les aspirations d’autrui. Le service public ne peut se concevoir sans un minimum de sympathie diffuse, de capacité de se projeter au-delà de ses particularités individuelles, dans la personnalité collective de ses contemporains, avec le souci de la préparation de leur avenir commun. Loin d’être rétracté sur les acquis de ses études, sur son expérience antérieure d’une administration particulière, le candidat doit naturellement faire preuve d’une empathie qui l’entraîne à se placer selon d’autres points de vue que ceux que sa vie antérieure l’aura conduit à adopter spontanément. Le fonctionnaire, s’il développe comme toute personne des relations individuelles, est aussi un médiateur de la vie collective.

    Enfin, l’on doit attendre de façon générale de celui qui aspire à des responsabilités dans un environnement mouvant, une véritable curiosité d’esprit, une capacité à percevoir les problèmes de l’environnement qu’il a été amené à connaître dans ses expériences antérieures. Les jurys ont trop souvent été frappés par une sorte de « myopie » qui conduit par exemple des anciens étudiants d’universités étrangères à ne percevoir que très faiblement la culture et la civilisation des pays où ils ont été conduits à séjourner. La même remarque vaut, s’il se peut avec encore plus de force, s’agissant des régions, ou des milieux, de notre pays où les candidats ont été conduits à vivre du fait de leurs études ou de leurs activités professionnelles. Loin d’avoir le regard « tourné en dedans », chaque candidat doit se faire observatoire de tout ce qui se propose à son analyse et à sa réflexion autour de lui.

    Cette observation vaut également pour sa vie intellectuelle. Trop souvent les mêmes références littéraires, artistiques, et musicales, sont proposées aux jurys sans que soient perceptibles autre chose que des analyses stéréotypées qui rappellent fâcheusement des fiches d’analyse proposées pour des cursus de préparation. Cette insuffisance est d’autant plus grave dès lors qu’il s’avère que la présentation de la fiche préparée par le candidat en vue de l’épreuve lui laisse une totale marge de choix quant aux indications qu’il souhaite transmettre au jury pour orienter l’entretien. On peut d’autant plus attendre que sur ce terrain choisi par le candidat, celui-ci fasse preuve d’une profondeur et d’une largeur d’analyse suffisantes."

    Bonne lecture.

  • Rencontre entre Michel Barnier, commissaire européen, et la promotion Jean-Jacques Rousseau de l'ENA

    Michel Barnier JJR 6.jpg

    La "Lettre de l'ENA" m'apprend aujourd'hui que :

    "Le 4 mai 2010, Michel Barnier, Commissaire européen en charge du Marché intérieur et des Services, a accueilli les élèves de la promotion J.-J. Rousseau présents en stage à Bruxelles.

    Après un petit déjeuner convivial, Michel Barnier a reçu les élèves dans son bureau de la Commission. Devant eux, il a dressé un état des lieux de l'Union et dégagé les perspectives qui s'offrent pour le projet européen, dans le cadre des institutions renouvelées par le Traité de Lisbonne et en ce début de mandat de la Commission Barroso II.

    La rencontre s'est poursuivie par des échanges informels et chaleureux où les élèves ont pu partager avec Michel Barnier leur expérience récente des institutions européennes
    ."

    Les photos sont disponibles ici... et ci-dessous.

    Michel Barnier JJR 1.jpg
    Michel Barnier JJR 2.jpg
    Michel Barnier JJR 3.jpg
    Michel Barnier JJR 4.jpg
    Michel Barnier JJR 5.jpg

  • Questions sociales : la réforme des retraites (suite)

    woerth chérèque.jpg

    La réforme des retraites est l'un des grands dossiers du moment - et le suivi de son évolution doit donc à mon sens être considéré comme crucial dans la perspective du troisième concours de l'ENA. C'est ce qui avait déjà été souligné lors de l'intervention de Thomas Piketty et Antoine Bozio sur le sujet.

    Pour ceux qui souhaitent approfondir le sujet, le "Document d'orientation sur la réforme des retraites", qui jouera sans doute un certain rôle dans la conclusion des débats, est disponible en ligne.

    Pour ceux (dont je suis) qui aiment discerner des noms et des visages derrière la face impassible de la République, la consultation de l'onglet Propriétés du document nous apprend qu'il a été (au moins) finalisé par Pierre Pedinielli.

    pierre pedinielli.JPGPierre Pedinielli, né en 1977, est actuellement conseiller parlementaire d'Eric Woerth, ministre du Travail, de la Solidarité et de la Fonction Publique. Avant cela, il occupait déjà cette fonction auprès du même Eric Woerth alors ministre du Budget. Voici ses fonctions antérieures :

    - Cycle de formation de l'ENA pour les collaborateurs parlementaires

    - Chargé de mission au service communication-presse du RPR (2002).

    - Assistant parlementaire de Roger Karoutchi, sénateur des Hauts-de-Seine (2002-2004).

    - Conseiller technique et parlementaire, puis chef adjoint de cabinet de Nelly Olin, à la Précarité (2004-2005).

    - Conseiller chargé des relations avec le Parlement de Nelly Olin, à l’Écologie (2005-mai 2007)

    Bonne lecture à chacun, et bon courage pour les révisions.

    P.S. : Pour ceux qui n'en ont encore pas eu connaissance, l'ENA a mis en vente il y a quelques jours dans sa boutique virtuelle la version 2006-2009 des meilleures copies du concours. Comptez 30 € avec les frais d'envoi.

  • Le jury 2010 du troisième concours de l'ENA

    michele pappalardo.jpg
    Michèle Pappalardo

    Le texte du JO détaillant la composition du jury 2010 du troisième concours de l'ENA est paru :

    ARRETE
    Arrêté du 26 avril 2010 portant nomination du président et des membres du jury du troisième concours d'entrée à l'Ecole nationale d'administration de 2010

    NOR: MTSF1010906A

    Par arrêté du ministre du travail, de la solidarité et de la fonction publique en date du 26 avril 2010, Mme Pappalardo (Michèle), conseiller maître à la Cour des comptes, déléguée interministérielle et commissaire générale au développement durable, est désignée en qualité de présidente du jury du troisième concours d'entrée à l'Ecole nationale d'administration de 2010.
    Sont nommés membres de ce jury :
    M. Amar (Amine), administrateur civil ;
    M. Baruch (Marc Olivier), administrateur civil hors classe, directeur d'études à l'Ecole des hautes études en sciences sociales ;
    M. Boschian (Jean-Baptiste), directeur régional adjoint d'Assedic à la retraite ;
    Mme Chatel (Valérie), administratrice territoriale, directrice générale adjointe chargée des ressources humaines au conseil général du Nord ;
    Mme Delannay (Anne-France), maître de conférences ;
    M. Dumont (Gilles), professeur des universités ;
    Mme L'Aot (Delphine), conseillère des affaires étrangères ;
    M. de Lobkowicz (Wenceslas), conseiller à la direction générale élargissement de la Commission européenne ;
    Mme Mallemanche (Dominique-Claire), déléguée interministérielle adjointe au projet Eurodisney ;
    Mme Plaud (Marie-Claire), présidente du comité de contrôle interne d'Euronext ;
    M. Politanski (Pascal), maître de conférences ;
    M. Truy (Dominique), administrateur territorial hors classe ;
    Mme Weiner (Marie-Christine), administratrice civile hors classe.
    En cas d'empêchement de Mme Pappalardo (Michèle), conseiller maître à la Cour des comptes, déléguée interministérielle et commissaire générale au développement durable, la présidence du jury sera exercée par M. Baruch (Marc Olivier), administrateur civil hors classe, directeur d'études à l'Ecole des hautes études en sciences sociales.

    Attardons-nous plus en détail sur le profil de chacun des membres du jury :

    michele pappalardo 1.jpgMme Michèle PAPPALARDO

    Michèle Pappalardo est une haut-fonctionnaire française (conseiller maître à la Cour des comptes), en charge du Commissariat général au développement durable. Licenciée en sciences économiques, diplômée de l'Institut d'études politiques de Paris et ancienne élève de l'École nationale d'administration (promotion Droits de l'homme), Michèle Pappalardo a été directrice du cabinet de Michel Barnier au ministère de l'environnement, directrice générale de France 2 et présidente de 2003 à 2008 de l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe). Elle est la première Commissaire générale au développement durable au sein du Ministère de l'Écologie, de l'Énergie, du Développement durable et de l'Aménagement du Territoire. A ce titre, elle dirige donc un service créé le 7 juillet 2008 et chargé de mettre en œuvre la politique de la France dans le domaine du développement durable.

    amine amar.jpgM. Amine AMAR

    Amine Amar a pris officiellement ses fonctions de Secrétaire Général de l’Université Rennes 2 le 1er octobre 2009 (ce poste recevra l’intitulé de Directeur Général des Services, au début de l’année 2010). Titulaire d’un DEA de droit communautaire obtenu à l’Université de Rennes 1 en 1989, il a été admis au concours externe d’Attaché Territorial en 1993 et au concours interne de l’école Nationale d’Administration en 1999 (promotion Copernic). Spécialiste du droit communautaire, il a d’abord rempli des fonctions d’Ingénieur d’Etudes au Centre de Recherches Européennes (CEDRE) à l’Université de Rennes 1 (1989-1991), puis de Chargé de mission "Europe", à la Ville de Rennes (1991-1993). En tant qu’Attaché Territorial, il a successivement exercé les fonctions de Responsable des Affaires juridiques au District de Rennes (1993-1997), de Directeur de l’éducation à la Ville de Rennes (1997-1998), de Directeur des ressources humaines au District de Rennes (1998-1999). Devenu Administrateur Civil, après deux années de formation à l’ENA, il a occupé les postes de Directeur général adjoint des services de la Communauté d’Agglomération Rennes Métropole (2002-2004), de Directeur général adjoint des services du Département de l’Essonne (2005-2006), de Conseiller à la Chambre régionale des Comptes de Champagne-Ardenne (2007-2008) et de Directeur Général des Services au Conseil Général de l’Essonne (2008-2009). Amine Amar a par ailleurs, été enquêteur au sein du comité d’enquête sur les coûts et rendements du service public (rapport sur la nouvelle territorialisation des services de la protection judiciaire de la jeunesse). Il est enseignant vacataire au Centre de préparation à l’ENA de Rennes (préparation à la note juridique). Il publie des articles dans ses domaines de spécialité en droit communautaire et en droit administratif.

    marc-olivier baruch.jpgM. Marc-Olivier BARUCH

    Marc-Olivier Baruch est un historien et haut fonctionnaire français, né en 1957. Il est spécialiste de l'histoire de la fonction publique sous le régime de Vichy. Il a été directeur adjoint de l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS) de 2007 à 2009. M.-O. Baruch est polytechnicien (X1975) et énarque. Il a été administrateur civil au ministère de la culture, avant de devenir chercheur en histoire. M.-O. Baruch est membre du conseil d'administration de l'Association X-Résistance depuis sa création en 1997. Ouvrages :

    • Servir l'Etat français, l'administration en France de 1940 à 1944, Fayard 1997.
    • Le régime de Vichy, Repères La Découverte 1996.
    • Le Choix des X : L'Ecole Polytechnique et les polytechniciens, 1939-1945 (avec V. Guigueno), Fayard 2000.

    M. Jean-Baptiste BOSCHIAN

    Jean-Baptiste Boschian, aujourd'hui à la retraite, a d'abord travaillé à l'ANPE, où il a occupé divers postes en Alsace et en Lorraine, avant de la quitter en 1992 en tant que Directeur régional adjoint. Il sera ensuite Délégué régional à la formation professionnelle (DRFP) à Strasbourg, puis Directeur régional de l'ASSEDIC à Metz, puis à Strasbourg. Il a préparé le volet formation professionnelle du contrat de plan Etat-région en Alsace et il a dirigé la première Assedic de France certifiée ISO et la seule lauréate du Prix français de la qualité.

    valérie chatel.jpgMme Valérie CHATEL

    Directrice Générale Adjointe des Ressources Humaines et de l'Administration Générale du Conseil Général du Nord. 

    2000 à 2007 : DGA Ressources Humaines et organisation LMCU 

    1993 à 1998 : Chargée de mission organisation et affaires juridiques LMCU 

    1989 à 1992 : DRH à la Ville de la Madeleine

     

    Mme Anne-France DELANNAY

    Anne-France Delannay est maître de conférences en gestion et économie.

    2001 : Doctorat ès Sciences de Gestion Université Robert Schuman, Strasbourg III. Sujet : Crédit interentreprises, structure financière et position concurrentielle des entreprises
    1997 : DEA Institutions politiques et monétaires et intégration économique en Europe, Université Robert Schuman, Strasbourg III
    1996 : Diplôme de l'Institut d'Études Politiques de Strasbourg, Université Robert Schuman, Strasbourg III

    Gilles Dumont.jpgM. Gilles DUMONT

    Gilles Dumont est Professeur de droit public à Nantes, doyen de la faculté de droit et des sciences politiques. Il enseigne : Droit constitutionnel (L1 Droit) ; Droit public économique (M1) ; Droit de la régulation (M2). Ses thèmes de recherche sont : Droit administratif et science administrative ; Théorie politique.

     

     

    Mme Delphine L'AOT

    Conseillère des Affaires étrangères

    Wenceslas de Lobkowicz.JPGM. Wenceslas DE LOBKOWICZ

    Conseiller à la direction générale élargissement de la Commission européenne. Une courte autobiographie est disponible ici (en anglais).

     

     

     

     

    dominique mallemanche.JPGMme Dominique-Claire MALLEMANCHE

    Ancienne élève de l'ENA. Déléguée interministérielle adjointe au projet Eurodisney depuis 2009, après avoir notamment travaillé pour Thalès International. Son profil Viadeo est disponible ici.

     

     

    marie claire plaud.JPGMme Marie-Claire PLAUD

    Présidente du comité de contrôle interne d'Euronext

     

     

    M. Pascal POLITANSKI

    Maître de conférences en sociologie au CRESS, Chercheur associé au Bureau d’économie théorique et appliquée (BETA), Université de Strasbourg.

    M. Dominique TRUY

    Administrateur territorial hors classe

    marie-christine weiner.jpgMme Marie-Christine WEINER

    Marie-Christine Weiner est administratrice civile hors classe. Elle a publié en 2007 Les Sorbiers de Transylvannie aux éditions Le Bord de l'eau.

     

     

     

     

    Voilà ce qu'il est possible de dire à chaud sur le jury qui encadrera la session 2010 du troisième concours de l'ENA. Les plus chanceux, ou travailleurs, ou talentueux d'entre nous savent ainsi un peu mieux par qui - et à quelle sauce - ils seront dévorés le jour du Grand Oral.

    Condoléances à chacun.

  • Anne Joubert, De la zone à l'ENA (2008)

    de la zone a l'ena.jpg

    Tous ceux qui veulent digérer tranquillement leur concours blanc peuvent le faire en compagnie d'Anne Joubert, par le biais de son livre publié en novembre 2008 : De la zone à l'ENA.

    Anne Joubert est née en 1962, dans une famille plutôt aisée. Mais au cours de son adolescence, alors même qu'elle fréquente les bancs du prestigieux lycée du Parc de Lyon, elle décide soudain de ne pas devenir "l'élite" que promeut le proviseur, et pour forcer son destin entame une vie de marginale : bouteilles d'éther, alcool, shit, squatts un peu partout en France, c'est à l'école de la rue qu'elle obtient alors les meilleures - mais tragiques - notes.

    Puis elle tombe enceinte, et pour ne pas que sa fille lui soit enlevée par la DDASS, épaulée financièrement par ses parents, elle se remet aux études : bac, puis maîtrise dans une école (privée) de journalisme, CAPES de Lettres Modernes quelques années plus tard, concrétisé par une affectation (à sa demande) en ZEP... et c'est ainsi que 200 pages plus loin nous la retrouvons en train de préparer le concours interne de l'ENA, qu'elle réussit finalement au terme de plusieurs tentatives.

    Anne Joubert est donc diplômée de l'ENA, promotion Aristide Briand 2006-2008. Son livre fait avant tout état d'un parcours humain "atypique", selon le mot de son jury lors du Grand Oral, pour chaque méandre duquel Anne a gardé une véritable affection, voire même une nostalgie prononcée, qui va parfois jusqu'à sembler étonnante au vu des drames dans lesquels elle a baigné.

    Au-delà de l'aspect autobiographique, le livre - et son dénouement - contiennent de nombreux encouragements tacites pour ceux qui abordent le concours de l'ENA sans y être spécialement destinés, ainsi que de précieux renseignements sur les coulisses des épreuves et de la formation. C'est cet aspect que j'ai choisi de privilégier ici sous forme d'extraits choisis.

    p. 188 : L'ambiance en PENA

    " Premier choc en prépa : mes camarades sont tous beaucoup plus savants que moi. Ils ont fréquenté des IEP (Institus d'études politiques) et / ou l'Ecole normale supérieure, HEC et autres écoles de commerce dans leur jeunesse et possèdent souvent une vraie expérience administrative. Quant à ceux du "troisième concours", ils étaient consultants, directeurs, etc., dans de grandes multinationales. Cette "troisième voie" ouverte aux gens ayant une expérience dans la société civile s'est depuis longtemps fermée aux syndicalistes et militants associatifs en raison des épreuves de concours qui sélectionnent les meilleurs de l'entreprise privée qui, devenus énarques, y retourneront souvent "pantoufler" comme PDG ou directeurs après une expérience plus ou moins longue dans la fonction publique. "

    p. 199 : Une épreuve orale difficile

    " Je manque de m'effondrer en pleurs sur ce bout de papier où figure le sujet et me lève pour m'échapper de cet enfer. Puis, les paroles d'un professeur de prépa qui disait que l'on ne sait jamais, que le concours de l'ENA est complètement aléatoire, qu'on réussit avec 50 % de travail et 50 % de chance et qu'il faut toujours y croire, résonnent dans ma tête."

    p. 210 : Rentrée des classes

    " Je crains beaucoup ces jeunes énarques, têtes remplies de connaissances et de certitudes, qui ont suivi la voie royale de Sciences Po, sont tombés dans la soupe de la réussite tout petits, et m'observent aujourd'hui attentivement ; alors je me réfugie auprès de Sophie et d'autres amis de la prépa. D'ailleurs, tout le monde connaît le mépris des externes à l'égard des internes et mieux vaut faire bloc..."

    Pour clore sur ce sujet, voici une vidéo d'Anne Joubert revenant pour l'APEC sur son parcours professionnalisant, ainsi qu'un interview (écrit) accordé à Lyon Mag en novembre 2008.


    Secrets de réussites / Anne Joubert
    envoyé par Apec. - L'info video en direct.

     __________

    Lyonmag, 18 novembre 2008

    Livre : une Lyonnaise énarque mais toujours rebelle

    Fille d’un cadre de la Lyonnaise de banque, Anne Joubert a rompu avec ses parents pour devenir zonarde. Avant de réussir l’ENA. Un parcours étonnant qu’elle raconte dans un livre.

    Votre parcours ?

    Anne Joubert : Je suis originaire d’un milieu aisé. Mon père était cadre à la Lyonnaise de banque et on habitait un quartier bourgeois de Lyon, le 6e arrondissement. D’ailleurs, au lycée du Parc, les profs nous répétaient qu’on faisait partie de l’élite. C’est cet itinéraire tout tracé que j’ai refusé.

    Vos parents étaient durs avec vous ?

    Ils m’ont donné une éducation très traditionnelle. Et moi, j’avais vraiment la rage. J’ai insulté mes parents, je leur ai piqué du fric... Du coup, ils m’ont emmenée voir des psys, ce qui n’a servi à rien, sauf à me procurer des médicaments pour faire plusieurs tentatives de suicide.

    Vos idées politiques à l’époque ?

    Je militais dans un groupuscule anarchiste, le CRI, Création Révolution Imagination. Et on a mené quelques actions spectaculaires. Exemple : on a lancé du PQ dans le Palais de la Bourse pour montrer à tous ces agents de change que leur fric, c’était de la merde. On s’est aussi introduit de nuit dans le métro qui venait d’être inauguré, pour tagger les murs de slogans anticapitalistes. Ce qui a fait à l’époque la une du Progrès.

    Comment vous avez quitté vos parents ?

    Le jour où on m’a fait redoubler ma terminale pour que j’obtienne un bac avec une mention. Là, je me suis mise à sécher les cours. Et j’ai commencé à vivre dans des squats à Saint-Jean car je me suis dit que j’apprendrais plus de choses qu’au lycée ! C’était en 1979. J’avais alors 17 ans.

    Comment vous viviez dans ces squats ?

    Ça a été très difficile car je n’étais pas habituée à des conditions de vie aussi dures. J’ai même failli mourir d’une pneumonie. Et puis beaucoup de zonards avaient perdu leurs illusions libertaires dans l’alcool et la drogue. En plus, il y avait très peu de femmes. Mais j’ai réussi à m’imposer car pour faire la manche, j’étais terrible. Je ramenais dix fois plus de fric que les autres !

    Vous n’avez jamais été agressée ?

    Si, un jour, un automobiliste qui nous avait ramenés chez lui avec mon ami Pierre, soi-disant pour nous offrir à manger, nous a brutalement sautés dessus. Pierre n’arrivait pas à le maîtriser et son chien, Cocaïne, s’est enfui ! Mais on a finalement réussi à s’en sortir.

    A l’époque, les zonards étaient tolérés ?

    Oui, on a même rencontré des gens qui nous ont nourris, parfois logés. Notamment un prêtre qui avait une communauté en Ardèche. En revanche, les policiers étaient très violents. Tabassage, viol, voire pire... Car si un zonard disparaissait, personne ne s’inquiétait !

    Vous avez essayé de vous en sortir ?

    Non, car c’était pour moi la liberté totale. On faisait du stop, on prenait le train sans payer, et on s’est aussi pas mal drogué. Mais le jour où j’ai eu ma première fille, à 19 ans, j’ai repris mes études car je ne voulais pas qu’elle finisse à la DASS.

    Quel genre d’études ?

    Comme je rêvais d’être journaliste, mon père m’a aidée à entrer à l’Efap, une école lyonnaise d’attachés de presse. Un diplôme qui ne vaut pas grand chose mais c’était mieux que rien ! Du coup, j’ai fait un deal avec les zonards. Je continuais la manche mais tous les soirs, ils me laissaient bosser. Puis j’ai trouvé un travail à Politis, un hebdo tiers-mondiste. J’ai aussi beaucoup manifesté avec la LCR mais sans prendre ma carte. Mais après le dépôt de bilan de Politis, j’ai eu du mal à retrouver un travail. Car j’étais étiquetée gauchiste ! En plus, j’avais deux filles. Du coup, j’ai passé mon Capes en 1993. Et j’ai demandé à être nommée prof de lycée dans une zone d’éducation prioritaire.

    Vos souvenirs de prof ?

    Les ados étaient dépolitisés, individualistes, parfois violents... Et ils étaient persuadés qu’ils n’avaient que deux options pour s’en sortir : passer à la star academy ou devenir footballeur. Bref, ils étaient obsédés par le fric. Mais j’y croyais. Alors j’ai essayé de leur montrer d’autres horizons, de monter des projets culture... C’était une période difficile mais passionnante. Mais le jour où j’ai senti que je tombais dans la routine comme mes collègues, je me suis lancé un nouveau défi. Et j’ai préparé le concours d’entrée à l’Ena que j’ai réussi en 2005. J’avais alors 43 ans.

    Vous avez été bien accueillie à l’ENA ?

    Oui. J’ai retrouvé des jeunes gens aisés mais ouverts. Et puis j’ai eu la chance de revenir à Lyon pour faire mon stage à la mairie où on m’a confié la direction par intérim du secteur enfance. En plus, j’ai pu m’occuper de mes parents malades dont je me suis alors rapprochée.

    Comment s’est passé ce stage à la mairie de Lyon ?

    J’ai constaté que les ségrégations sociales se sont accentuées à Lyon depuis la fin des années 70. Mais j’ai senti que la mairie avait une réelle volonté de réduire ces ghettos. Exemple : ils n’ont pas hésité à construire des logements sociaux dans le 6e arrondissement.

    Votre boulot aujourd’hui ?

    Je suis chargée de la lutte contre l’exclusion, sous la responsabilité du ministre du logement Christine Boutin et de Martin Hirsch, haut commissaire chargé de la lutte contre la pauvreté. Un poste où mon expérience de la vie m’est très utile ! On travaille sur le micro-crédit, l’insertion, l’aide alimentaire...

    Ça ne vous gêne pas de travailler pour Sarkozy ?

    Non, car ce gouvernement fait aussi des efforts sur le plan social, par exemple avec le RSA. Mais j’ai de la sympathie pour Olivier Besancenot qui dénonce ce système. D’ailleurs, la crise financière actuelle lui donne raison. 

    Au fond, vous n’êtes pas qu’une petite bourgeoise révoltée qui a fait un peu de tourisme chez les exclus ?

    C’est vrai qu’à la différence des gens que je côtoyais à l’époque, je savais que je pouvais en sortir. Mais je suis restée fidèle à mes valeurs libertaires. Des valeurs que je crois avoir transmises à mes deux filles. Je vis toujours avec Pierre mon copain des squatts et aujourd’hui, on est engagé pour la défense des sans-papiers.

  • Ouverture des inscriptions au(x) concours

    ena.jpg

    Les inscriptions aux concours d'entrée de 2010 seront ouvertes sur le site de l'ENA ce 15 avril à partir de 15h, et ce jusqu'au 15 juin 2010, après parution de l'arrêté au Journal Officiel.

    Tous à vos claviers, et bonne chance à chacun !